Conférences de la souveraineté alimentaire

Une politique essentielle pour l’ensemble de nos concitoyens…
La phase territoriale des conférences de la souveraineté alimentaire, conduite de mars à juin 2026, s’achève par la production d’un rapport de synthèse transmis à Mme la ministre en charge de l’agriculture. Cette séquence visait à confronter les objectifs nationaux aux réalités locales, à fiabiliser les données, à apprécier la contribution de chaque région aux trajectoires nationales et à identifier les projets structurants susceptibles de concrétiser ces ambitions.
La souveraineté alimentaire est une politique concrète, qui touche directement le quotidien de chaque Corse. À travers ces conférences, un travail autour d’un projet ambitieux a été mené : produire plus, produire mieux, et produire ensemble pour répondre aux besoins de la population, tout en valorisant les atouts uniques de la production primaire agricole et aquacole de Corse.
Les enjeux sont clairs :
• Réduire la dépendance aux achats extérieurs (55 % du lait de brebis destiné à la fabrication de fromages est produit hors de Corse, et seulement 15 % de la consommation de poisson est couverte localement) ;
• Préserver les filières d’excellence (vins, agrumes) qui rayonnent déjà au niveau national ;
• Transmettre les savoir-faire et attirer de nouvelles générations vers des métiers porteurs de sens ;
• Adapter l’agriculture au changement climatique, en sécurisant l’accès à l’eau, en innovant, et en protégeant notre biodiversité ;
• mobiliser le foncier pour remettre en culture les terres agricoles ;
• moderniser les outils de transformation et créer de nouveaux débouchés.
Ce travail est le fruit d’une forte mobilisation collective : producteurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs, services de l’État, Collectivité de Corse, et partenaires techniques.

1. Une adhésion sans précédent des acteurs
La démarche se caractérise par la une adhésion sans précédent de l’ensemble des acteurs du territoire :
• Plus de 200 acteurs mobilisés (agriculteurs, pêcheurs, aquaculteurs, coopératives, GMS, restaurateurs, chercheurs, etc.) lors des 5 ateliers sectoriels organisés à Ajaccio, Corte et Vescovato.
• Une gouvernance partenariale exemplaire entre les services de l’État (DRAAF, DMLC), la Chambre d’Agriculture de Région Corse, et l’ODARC, avec un comité de pilotage réuni à 6 reprises entre avril et juin 2026.
• Des contributions écrites et des projets concrets remportés par des acteurs de terrain, preuve de leur appropriation des enjeux.
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Exemples de dynamiques collectives :
• La filière porcine (charcuterie AOP Nustrale) a affiché une volonté claire de doubler sa production d’ici 2036, avec un plan de modernisation des élevages et d’autonomie alimentaire.
• Les pêcheurs et aquaculteurs ont unanimement plaidé pour la création d’une criée régionale et d’un atelier de transformation, afin de mieux valoriser leurs prises (daurade Label Rouge, langouste, etc.).
• Le maraîchage, identifié comme une priorité nourricière, bénéficiera dès 2027 de légumeries publiques portées par les collectivités, et en lien avec la restauration collective (CAPA, notamment).

2. Une collaboration institutionnelle efficace
Dans le cadre d’une méthode de travail bien définie, la collaboration entre les différents acteurs institutionnels a été particulièrement efficace :
• Un diagnostic partagé grâce à des données consolidées (malgré leur fiabilisation encore perfectible, comme le souligne le rapport).
• Des ateliers territoriaux qui ont permis de confronter les objectifs nationaux aux réalités insulaires (insularité, pression foncière, enjeux climatiques).
• Une synthèse régionale alignée sur les priorités nationales, mais adaptée aux spécificités corses.

Cette coordination a permis d’identifier des leviers concrets, comme :
• Le Marché d’Intérêt Territorial (MIT), projet phare pour structurer l’offre et la demande entre producteurs et acheteurs (GMS, restauration collective). Une étude de faisabilité est en cours pour deux sites (Bastia et Ajaccio).
• Un fonds foncier régional pour lutter contre la spéculation et remobiliser les terres agricoles (notamment les biens sans maître).
• Un plan hydraulique pour sécuriser l’irrigation, avec des investissements dans les retours d’eau et les stockages.

3. Les actions prioritaires : une feuille de route ambitieuse
Le rapport final définit un ensemble d’actions transversales ou sectorielles qui se déclinent autour de 4 axes majeurs :
Axe 1 : Produire plus pour nourrir la Corse
• Maraîchage et légumineuses : augmenter la production de légumes d’hiver et approvisionner la restauration collective ;
• Céréales : passer de 6 % à 30 % de productions locales en 10 ans, via la mobilisation de 7 000 ha supplémentaires et un recouplage d’aides de la PAC.
• Lait : inverser la tendance actuelle (55 % de lait importé) en soutenant les installations, les signes de qualité et la diversification (AOP Brocciu, yaourts locaux).
Axe 2 : Structurer les filières pour créer de la valeur
• Abattoirs et outils de transformation : moderniser les abattoirs existants et créer une chaîne d’abattage dédié aux petits ruminants (agneaux, cabris) pour limiter les ventes d’animaux en vifs, hors de corse.
• Pêche et aquaculture : structurer la filière via une coopérative, une criée, et une marque collective pour les produits de la mer (ex. : IGP daurade/loup de Corse).
• Aviculture : Créer un couvoir local et un abattoir volailles pour réduire la dépendance aux poussins importés, et assurer une production locale d’œufs.
Axe 3 : Protéger nos ressources et nos savoir-faire
• Eau et climat : investir dans les infrastructures hydrauliques et systèmes d’irrigation économes en eau.
• Foncier : activer le fonds foncier régional et lutter contre la spéculation, avec un objectif de 100 à 150 ha remobilisés par an.
• Transmission : accompagner les installations (106/an en moyenne depuis 2020) et former aux métiers en tension (aquaculture, transformation).
Axe 4 : Consommer corse et éduquer à l’alimentation
• Restauration collective : généraliser l’approvisionnement local (ex. : 120 t de fruits et 150 t de légumes traités annuellement par la Centrale de Restauration).
• Éducation alimentaire : promouvoir la diète méditerranéenne et les produits locaux via les PAT (Projets Alimentaires Territoriaux) et les circuits courts.
Ces actions s’articulent autour d’un projet fédérateur : le Marché d’Intérêt Territorial (MIT), qui sera un levier clé pour connecter l’offre et la demande, et fluidifier les flux logistiques insulaires.

4. Des projets d’avenir déjà en marche
Des projets concrets émergent :
• Les Œufs Bastiais : un projet de 15 millions d’œufs par an (démarrage en 2027). Une réponse directe à la dépendance actuelle (seulement 33 % des œufs sont produits localement).
• Capo Alle Serre : une légumerie et une usine de transformation de jus en cours de finalisation, qui valorisera les fruits et légumes corses toute l’année.
• Corsica Gastronomia : une conserverie de soupe de poisson pour écouler les prises hors saison touristique, en partenariat avec les prud’homies d’Ajaccio.
• Patrimonio Power : un GIEE associant une boulangerie paysanne (blés anciens), une CUMA pour mutualiser le matériel, et 100 ha de friches remises en culture.
• Atelier de filetage de poisson : un outil collectif à Ajaccio pour transformer et conditionner les produits de la pêche et de l’aquaculture, avec un étiquetage valorisant l’origine corse.
Ces initiatives montrent que la transition est en marche. Elles méritent d’être accompagnées, amplifiées, et dupliquées.

Conclusion : Un cap clair pour 2036
La Corse a tous les atouts pour réussir sa transition vers la souveraineté alimentaire :
• Des produits d’exception, reconnus en France et à l’international.
• Des hommes et des femmes engagés, prêts à innover et à transmettre.
• Des outils collectifs en gestation, comme le MIT ou la criée, qui changeront la donne.
• Un État et une Collectivité mobilisés, aux côtés des professionnels.

La stratégie régionale est désormais établie et partagée :
1. Produire plus (céréales, légumes, protéines animales).
2. Mieux organiser les filières (abattoirs, transformation, logistique).
3. Protéger les ressources (eau, foncier, biodiversité).
4. Consommer corse (restauration collective, circuits courts, éducation).

Le rapport transmis à la ministre en charge de l’Agriculture sera intégré dans la stratégie nationale de souveraineté alimentaire. Le travail doit toutefois se poursuivre localement autour de cette dynamique collective pour voir aboutir les projets d’avenir d’ores et déjà identifiés ou à venir. Un « comité des projets » pourra être créé avec l’ensemble des partenaires actuels afin de travailler sur le volet de leurs financements et de leur acceptation réglementaire (urbanisme, sanitaire, environnement…) et sociale.

plus d’infos sur le site du ministère

et de la Chambre d’Agriculture de région Corse